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De la Dahié au Sud : un seul tweet, la même terreur !

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Dans les guerres modernes, les frappes aériennes ne commencent plus par le bruit des avions, mais par un tweet.
"Entre Afikahy et moi, un tweet !"
Le matin du 27 septembre 2024, alors que je buvais mon café hors de la banlieue sud de Beyrouth, un tweet du porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, est apparu sur la plateforme X. Il était adressé au monde entier, mais il semblait s’adresser à moi personnellement : « L’immeuble à côté de votre maison va être bombardé. »
J’ai lu et relu le tweet, comme si je cherchais une faille logique, une preuve que ce n’était qu’une mauvaise blague ou une menace psychologique de plus. Je voulais me convaincre qu’il s’agissait simplement de propagande. Mais la réalité a devancé ma pensée : quelques minutes ont suffi pour que les mots numériques se transforment en lumière aveuglante et en fumée dans le ciel.
À ce moment-là, mon frère se trouvait encore dans notre immeuble familial, dans un quartier animé, plein de vie — mais vide de toute activité militaire. Aucune présence armée, aucune munition, rien qui puisse en faire une cible « légitime ». Juste des familles, des enfants jouant dans la cour, des femmes étendant le linge, des jeunes rivés à leurs téléphones. C’était simplement une maison. Et en une fraction de seconde, elle est devenue une cible sur l’écran d’un pilote.
"Sur le balcon, après la bombe"
Après sa survie, nous nous sommes retrouvés sur le balcon d’un parent. Ses mains tremblaient encore en tenant sa tasse de café, ses yeux fuyaient les miens. Je voulais l’écouter, non pas comme une sœur, mais comme une journaliste. Comprendre ce que l’on ressent quand on est visé non pas pour ce que l’on fait, mais simplement pour l’endroit où l’on vit.
Il m’a dit, d’une voix basse :
« Quand j’ai lu le tweet, j’ai senti que j’étais observé. Comme si quelqu’un me regardait d’en haut. C’était paralysant. Je ne savais pas comment réagir, ni où aller. Tout est allé très vite. Les cris des voisins, les pleurs des enfants, puis… l’explosion. »
Il s’est arrêté, puis a ajouté :
« Le verre a volé dans toutes les directions. Les murs ont tremblé. Mais ce qui m’a le plus terrifié, ce n’était pas le bruit… c’était la certitude : quelqu’un, quelque part, avait décidé que cet endroit allait être anéanti, et il l’a annoncé publiquement. Pas de vrai avertissement, pas de protection. Juste une annonce… puis l’exécution. »
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Le Sud blessé, 23 septembre gravé dans nos veines :
Le 23 septembre reste gravé dans ma mémoire. Tout semblait normal ce jour-là. J’avais prévu d’aller à la salle de sport, comme d’habitude. Mais en une minute, tout a basculé. L’ennemi a commencé à bombarder de toutes parts, sans aucun avertissement. Au début, nous pensions que ce n’était qu’un bombardement de plus, comme ceux auxquels nous nous étions habitués. Mais cette fois-ci, c’était différent.
Je vis à Nabatieh, dans le sud, en plein centre-ville. Ce jour-là, j’étais seule avec ma mère. En quittant la maison, je ne pensais qu’à une chose : survivre. Nous n’avions pris ni papiers, ni vêtements, ni rien. C’était comme si nous vivions notre dernier jour. Il n’y avait pas de place pour la réflexion — juste une urgence brutale.
Les embouteillages semblaient sans fin. Les voitures avançaient lentement, les gens fuyaient à pied, comme ils le pouvaient. Mais au milieu de ce chaos, quelque chose m’a frappée : l’unité. Malgré tout, les gens s’entraidaient. Comme si, malgré la peur, une humanité profonde persistait.
Je me souviens d’un moment précis. Nous roulions, et j’ai vu un missile dans le ciel, se dirigeant droit vers la voiture devant nous. Il était encore à quelques kilomètres, mais j’ai senti que c’était peut-être notre fin. Une peur absolue, inexprimable.
Nous avons passé une nuit à Maalaï avec ma mère, puis nous avons fui vers Beyrouth, espérant un peu de répit. Mais même là, la peur était omniprésente. Deux semaines plus tard, nous avons dû repartir. L’incertitude et l’angoisse nous poursuivaient.
À notre retour à Nabatieh, la ville était méconnaissable. Un silence irréel régnait. Les maisons étaient détruites. Même le cimetière n’avait pas été épargné. Tout était en ruines. Ce que j’ai vu en rentrant, c’était la vérité nue : ma ville, mon foyer, n’était plus qu’un champ de décombres.
Ce que j’ai vécu — la peur, la perte — ne me quittera jamais. Mais malgré tout, ce souvenir d’une solidarité humaine intense m’accompagne aussi. Nous avons tous partagé la même souffrance, la même peur, et cette même volonté farouche de survivre. C’est dans ces ténèbres que la lumière humaine apparaît le plus intensément.
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Médias : témoins ou acteurs ?
Ce qui s’est passé n’est pas un cas isolé. Cela fait désormais partie d’un schéma croissant dans les conflits contemporains. Les médias ne se contentent plus de relayer l’information : ils sont intégrés dans la stratégie de guerre. On les utilise pour annoncer des frappes, manipuler les émotions, influencer l’opinion publique locale et internationale.
Dans ce cas, le tweet n’était pas un simple avertissement. Il faisait partie d’une stratégie psychologique visant à terroriser, à faire pression, à légitimer une attaque. Le média devient une façade de propagande, utilisée pour frapper les esprits plus que pour informer.
Mais à l’opposé, il existe un autre journalisme. Celui qui cherche la vérité, qui documente les témoignages, qui raconte les histoires que certains voudraient enterrer. Le rôle de la presse libre n’a jamais été aussi vital. Elle est la seule capable de rétablir l’équilibre face au déferlement des récits officiels.
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La guerre des récits : le champ de bataille numérique
Les réseaux sociaux sont devenus un front à part entière. Chaque tweet, chaque image, chaque vidéo peut contenir un message : provocation, manipulation, normalisation de la violence, ciblage. Dans cette réalité, l’information devient une arme entre les mains de ceux qui savent s’en servir.
Mais le plus dangereux reste la manipulation des émotions collectives. Les médias sont désormais des outils de pression psychologique, non seulement sur les décideurs, mais aussi sur les civils. Le tweet que j’ai lu ce jour-là ne visait pas les chefs politiques, mais moi — et tous ceux qui vivent dans des maisons comme la mienne.
Un appel depuis les ruines
Au sein de cette conférence à Marseille, nous présentons cet article comme un témoignage personnel, mais aussi comme un appel. En tant que journalistes, techniciens, universitaires, nous devons repenser l’éthique des médias en temps de guerre. Comment distinguer l’information légitime de celle militarisée ? Comment protéger les publics ? Comment remettre les récits humains au cœur du discours, face au vacarme des narratifs militaires ?
Le message est clair : l’information peut construire… ou détruire. Dans un monde où les maisons s’écroulent sur les souvenirs de leurs habitants, nous avons la responsabilité de construire un journalisme qui protège, qui éclaire, qui humanise — pas un journalisme qui justifie.

Par : Tanya Darwish et Farah Sabbah