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Edwy Plenel : « Tout soutien inconditionnel à Israël est la ruine du droit international »

Edwy Plenel source wikipedia
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Décoloniser l’information, tel était le thème de la deuxième soirée des Assises du journalisme. Derrière cette formule, la nécessité de traiter la Palestine comme elle le mérite, sous peine de voir l'injustice triompher partout. Et pour cela, les journalistes sont au cœur du combat.

« La question coloniale ce n’est pas seulement occuper un territoire, c’est l’idée de la hiérarchie de l’humanité. Elle est au cœur de l’origine des puissances » appuie Edwy Plenel, lors de son entretien à l’auditorium pour la soirée « Décoloniser l’information, un alibi ou une nécessité ? » aux Assises du journalisme méditerrannéen. « Loin d’être un passé, la critique du colonialisme et de l’impensé est bel et bien un présent »  souligne le journaliste, auteur de Palestine, notre blessure paru le 6 mars dernier aux éditions La Découverte. Dans cet essai où Plenel déploie sa verve habituelle, il dénonce l'impunité dont bénéficie l'État d'Israël, alors même qu'il piétine sans retenue le droit international. Selon lui une invitation à la sauvagerie générale dans les affaires internationales.

L’engagement du journaliste de gauche est connu depuis longtemps. « Vous connaissez mes positions sur la Palestine » nous a t-il confié dans un entretien en préalable à la conférence qu'il donnait aux Assises. Plus de 200 journalistes recensés ont été tués à Gaza, selon le syndicat des journalistes palestiniens : un massacre sans précédent dans toutes les guerres modernes, conclut Edwy Plenel. Mais pour lui, ne pas laisser les mains libres à Israël va plus loin qu’un engagement partisan. Tout soutien inconditionnel à Israël est forcément un renoncement, une aberration, une critique du côté de la lucidité. Avec le scandale du double standard occidental, qui s'indigne et agit beaucoup plus contre la Russie que contre Israël. 

« On ne doit pas être campiste, c'est-à-dire voir qu'une question et ne pas voir les autres. C’est pour ça que j’ai rappelé que sur le droit international, tout soutien inconditionnel à Israël est la ruine du droit international et le meilleur cadeau fait à Poutine. » Il rappelle : « La meilleure preuve, c’est qu’à l'assemblée générale des Nations unies, il y a eu une résolution pour être solidaire de l'Ukraine et de son intégrité territoriale. La Russie a voté contre avec la Corée du nord, les États-Unis ont voté contre, et l'État d'Israël a voté contre le soutien à l’Ukraine. Et ça n’a pas été souligné dans les médias. »  

Cette exigence de justice n’est donc pas un soutien aveugle à la Palestine. « Pour moi, la Palestine doit aussi, si nous arrivons à la sauver et si elle se sauve elle-même d’abord, avoir le droit, je l’espère, d’avoir une presse indépendante qui pose les questions de la corruption de l’Autorité palestinienne. Ou celle du sectarisme du Hamas, de son lien cynique avec le Qatar qui a permis son instrumentalisation par les dirigeants israéliens contre l’Autorité palestinienne pour diviser le camp palestinien. » Dans ce contexte, la décolonisation de l’information, c’est aussi se poser les bonnes questions, autrement dit, celles qui dérangent.

« Ces régimes sont les adversaires de leur propre peuple et s’attaquent aux droits fondamentaux, dont la liberté de la presse. C’est pour cette raison que j’ai évoqué les atteintes aux droits des journalistes par des régimes issus de coup d'État militaires en Afrique subsaharienne, portés par un ressentiment légitime contre la France coloniale ou encore la responsabilité des régimes arabes dans le sort qui est fait à la Palestine. »

« Je vois l’enquête comme un puzzle »

Lors de ses interventions, Edwy Plenel a rappelé que les journalistes ne sont pas aux côtés des États mais des populations, du peuple et de son droit de savoir. Une presse qui pose les bonnes questions, qui critique et interroge les rapports de force comme voie de la décolonisation de l’information. Si le métier de journaliste doit se situer loin de l’opinion et de l’émotion, il devrait aider à y voir clair pour sauver le futur. 

C’est le rôle de l’investigation, ce genre qui permet de poser une question en profondeur. 

« Je vois l’enquête comme un puzzle. On trouve une pièce, on vérifie qu’elle rentre bien avec les autres. C’est l’artisanat du métier, recouper, sourcer, documenter. Et puis on crée un paysage. » 

Le fondateur de Mediapart parle de la problématisation constante qui l’accompagne, dans ce qu’il écrit ou dit. « Nous sommes nés des espoirs de la révolution numérique et nous sommes aujourd’hui confrontés à sa part d’ombre ». 

Pour les jeunes générations, la bataille contre elle est essentielle. « Car elle a pour alibi l’opinion, le droit de dire, d’exprimer, y compris l’innommable. Et nous devons défendre autre chose, le rapport à la vérité qui va peut-être déranger, y compris nos propres opinions. »

Clara Duchêne (Ecole de journalisme publique de Tours)