Alors que les fausses informations inondent les réseaux sociaux, l’éducation aux médias se trouve indispensable. Détecter le vrai du faux est le défi des générations Z et Alpha, constamment connectées mais facilement manipulables, si les conditions ne sont pas rassemblées…
« Des fois, c’est flagrant que l’information est fausse et des fois ça l’est moins, donc je fais mes recherches et j’essaie de voir si l’information est recoupée ». À 16 ans, Leny Benkechkache scrolle souvent sur TikTok et Instagram, mais garde un œil critique sur ce qui s’y dit. Sans jamais avoir suivi de cours d’éducation aux médias, il s’est forgé une méthode personnelle : vérifier, comparer, douter. Un réflexe encore trop rare chez les jeunes.
Si les adolescents sont surinformés, ils sont aussi surexposés à la désinformation. Deepfakes, théories complotistes, contenus manipulés ou vidéos sorties de leur contexte : l’écosystème numérique actuel rend la distinction entre le vrai et le faux de plus en plus flou.
Un enseignement marginal
Dans son rapport mondial 2023, l’UNESCO déplore que « l’éducation aux médias et à l’information ne soit toujours pas systématiquement intégrée dans les programmes scolaires de la majorité des pays ». En Europe, seuls quelques États, comme la Finlande ou la Norvège, en ont fait une priorité dès le primaire. Ailleurs, les initiatives sont ponctuelles, parfois limitées à une semaine thématique ou à des ateliers isolés.
« On ne nous a pas éduqué aux médias, ni à l’école ni au sein de la famille », nous ont confié les camarades de Leny. Un constat partagé à l’échelle internationale, où les habitudes médiatiques des jeunes posent les mêmes défis.
Selon une étude de l’Ofcom au Royaume-Uni, 60 % des adolescents de 12 à 15 ans déclarent s’informer d’abord via les réseaux sociaux. Un chiffre en hausse constante. Le problème n’est pas seulement la désinformation, mais aussi l’absence de filtre critique face aux contenus. De ce fait, l’éducation aux médias ne peut plus être considérée comme une option. Il s’agit d’un enjeu démocratique. Apprendre aux jeunes à décoder les images, à comprendre les algorithmes, à distinguer un contenu éditorial d’un message sponsorisé : autant de compétences devenues indispensables.
Face à cette urgence, plusieurs pays ont pris conscience de la nécessité d’agir concrètement sur le terrain éducatif. Certains tentent alors de combler le retard. En France, le Centre pour l’éducation aux médias et à l’information (CLEMI) accompagne enseignants et élèves depuis plus de 30 ans. D’autres initiatives, portées par des associations ou des médias, voient le jour dans plusieurs régions du monde.
L’adolescent dit avoir appris seul à s’armer contre la manipulation. Mais il sait que tout le monde n’a pas ce réflexe.
Dans un monde où chacun peut produire, diffuser et recevoir de l’information en continu, l’éducation aux médias ne relève plus du luxe. Elle est devenue un impératif.
Aya Ait Chaib (Institut Supérieur de l’Information et de la Communication de Rabat)