Aller au contenu principal

Hicham Abou Chabana, l’indispensable « fixeur » des journalistes

Hicham Abou Chabana
Hicham-Abou-Chabana.png

Aujourd’hui patron de bar à Marseille, Hicham a joué les intermédiaires entre journalistes et terrain en Egypte de 2011 à  2019. Portrait.

    Quand on s’installe au Mina Mino, bar de la Plaine marseillaise, on ne s’attend pas à parler révolution égyptienne et journalisme international avec le patron. Avant d’ouvrir son établissement, Hicham Abou Chabana, la quarantaine, a été « fixeur » en Egypte. Un métier qui consiste à être « l’intermédiaire entre le journaliste et le terrain » explique le franco-égyptien. Traduction, recherche de contacts, proposition de sujet, logistique, sécurité… les missions sont vastes.

    Hicham, lui, a commencé à l’exercer presque par hasard. Revenu dans le pays de son enfance, l’Egypte, en 2008 après ses études en France, il travaille quelques temps dans le tourisme. Il démissionne en 2011 pour s’impliquer politiquement dans un pays en pleine période révolutionnaire. Il se rapproche d’un collectif de type Think-Tank face à la désinformation et manipulation médiatique qu’il sent monter. « Même moi qui était sur le terrain je commençais à avoir des troubles de perception. J’avais besoin de confronter mon analyse à d’autres pour y voir plus clair, et essayer de faire un peu les fact-checkeurs avant l’heure » raconte cet ancien accompagnateur de journalistes.

Dans l’ombre de l’information

    C’est dans ce contexte et avec cette envie d’informer, qu’il rencontre fortuitement une journaliste française, Marine Vlahovic. Il l’aide à se faire comprendre alors qu’elle couvre un sit-in Place Tahrir au Caire en juillet 2011. Ils sympathisent, puis commencent à travailler ensemble. C’est elle qui lui ouvre les portes de nombreux médias francophones avec lesquels Hicham collabore entre 2011 et 2019. Si son nom n’est que rarement crédité, son travail se cache par exemple derrière des reportages de Radio France, d’articles de grand quotidiens comme Le Monde, ou de documentaires télé de France 2. Un métier de l’ombre qui ne l’a « jamais dérangé » précise cet historien de formation, « l’ombre me protégeait même, et puis je préfère être en coulisses cela donne plus de marge de manoeuvre et le temps de la réflexion ».

    Ce Marseillais d’adoption n’est pas avare d’anecdotes sur son ancienne profession. Les « coups de bluff » pour pénétrer dans un lieu sans autorisation, l’interview d’un militant des Frères musulmans en cavale, la vue des pyramides depuis un hélicoptère avec le photographe Yann Arthus-Bertrand, ou encore la fois où il accompagnait une équipe de France 24 qui s’est fait encerclé par tout un village… Mais ce qui l’a le plus marqué : « les liens construits avec des journalistes dont je suis resté très proche. Des liens de boulot qui sont devenus des liens humains très forts grâce à la confiance qui se tisse et qui reste ».

Des relation fortes avec les journalistes

    Marwan Chahine, est justement l’un de ces journalistes devenu ami. Ils se rencontrent par l’intermédiaire de Marine, en novembre 2011 lors d’un moment clef de la Révolution égyptienne, les affrontements meurtriers de la rue Mohammed Mahmoud entre manifestants et forces de l’ordre. Un évènement fort qui soude Marwan, alors correspondant pour Libération, et Hicham son premier fixeur en Egypte. « On dit fixeur mais c’était un vrai guide. Il m’a permis de voir le pays par ses yeux et de comprendre des choses que je n’aurais pas compris sinon » se remémore le journaliste.

    Si la reconversion en patron de bar peut sembler atypique, Hicham y retrouve le côté logistique et une équipe soudée, qu’il appréciait dans son travail de fixeur. L’ouverture de son établissement lui a permis de gagner une stabilité personnelle, après un burn-out en 2018, et il peut aussi y poursuivre son engagement. « Tous mes cuisiniers sont des réfugiés politiques dont des Egyptiens que j’ai fait sortir de prison » précise celui qui n’est jamais retourné dans le pays qui l’a vu grandir.


Eléonore Richard M2 Journalisme, EJCAM