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La lutte des journalistes palestiniens pour échapper à la censure algorithmique de Meta

Image journaliste palestine
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A Gaza, la lutte est aussi informationnelle. Et dans un territoire où les infrastructures ont été détruites depuis le 7 octobre, la dépendance est grande envers les réseaux sociaux. Voilà une enquête témoignage réalisée par un journaliste indépendant de Palestine sur les difficultés à être publié…

« Ils le suppriment en une minute, et tu dois tout recommencer », raconte un journaliste indépendant de Ramallah. Le troisième jour de l’attaque contre Gaza, son compte Instagram a été supprimé sans avertissement pour avoir soi-disant partagé du contenu soutenant des groupes dangereux. En réalité, il n’a publié qu’une image de l’événement – un acte journalistique basique.
«  Les incursions à Jénine, les martyrs de Ramallah, les manifestations… tout était archivé sur ce compte. Je m’en désole beaucoup. C’était un fonds d’archives précieuses, aujourd’hui perdu à cause des politiques d’Instagram », déplore-t-il. Avec ses moyens techniques limités, la perte est immense.
« Il faut continuer à publier. Restreindre le contenu, c’est participer à la perpétuation du génocide », affirme-t-il. Il a ouvert un nouveau compte, aujourd’hui suivi par 128 000 personnes, mais continue à subir des suppressions de contenu, des avertissements et des suspensions de 180 jours, malgré ses recours.

Quelles sont les règles de Meta sur la “violence” et la “haine” ?

Les standards communautaires de Meta – qui régit Facebook, Instagram, WhatsApp et Messenger – stipulent que tout contenu pouvant inciter à la violence, à la haine ou promouvant des sujets sensibles comme la nudité, le harcèlement ou les produits interdits est restreint. Le contenu controversé ou suspect est également limité. Pourtant, une simple story Instagram avec un fond noir et un verset coranique (« et Il guérira les poitrines d’un peuple croyant ») a suffi pour que le compte de Washaha soit supprimé récemment.

Pour contourner l’algorithme d’Instagram, Washaha a développé une stratégie : il place un petit drapeau israélien sur ses stories avant d’ajouter le contenu palestinien original par-dessus, trompant ainsi l’algorithme qui croit détecter un soutien à Israël. Cette ruse fonctionne : les vues explosent durant les premières heures.

Une censure algorithmique biaisée

Ahmed Al-Qadi, directeur de la veille et de la documentation au sein du Centre arabe pour le développement des médias sociaux – 7amleh, explique : « Les algorithmes sont des modèles linguistiques entraînés à reconnaître certains mots dans des contextes spécifiques, et à infliger des sanctions automatiques selon des politiques déterminant ce qui est autorisé ou non. Le vrai problème est que ces entreprises sont biaisées, alignées sur la politique américaine qui criminalise toute forme de militantisme ou d’expression politique palestinienne. ». Même si les secrets des algorithmes sont bien gardés…

Ahmed Al-Qadi ajoute aussi que le contenu en arabe est particulièrement surveillé, sans prendre en compte les différences dialectales ou les doubles sens des mots. Un rapport du centre Sada Social indique que les violations numériques contre le contenu palestinien ont été multipliées par 14 en 2023. Un autre rapport de DropSite News révèle qu’une campagne systématique d’effacement du contenu pro-palestinien est en cours depuis octobre 2023 sur Facebook et Instagram.

Toujours selon ce rapport, Israël est le plus grand demandeur mondial de suppression de contenu, avec un taux de réponse de Meta atteignant 94 %. Dans un cas, 90 000 publications ont été supprimées en seulement 30 secondes à la demande des autorités israéliennes.

Al-Qadi précise : « Les standards des plateformes stipulent que le contenu journalistique ne doit pas être supprimé, même s’il contient des éléments sensibles. Pourtant, c’est l’inverse qui se passe sur les comptes des journalistes et des médias palestiniens. »

Il évoque aussi un phénomène plus subtil : la baisse de la visibilité sans avertissement ni violation claire – une forme de censure que Meta ne reconnaît pas officiellement.

Quelle réponse possible ?

Pour Al-Qadi, faire pression sur les plateformes nécessite une volonté politique sérieuse du gouvernement palestinien – chose qui fait défaut actuellement, malgré les précédents réussis d’autres pays. Cela requiert aussi une surveillance continue, des plaintes officielles, et une mobilisation avec des influenceurs politiques et juridiques.

Les réseaux sociaux peuvent offrir une portée rapide et un large public… sauf si le contenu défend la cause palestinienne. Dans ce cas, le compte est suspendu, la portée réduite, ou l’archive entière effacée par décision de l’entreprise. C’est une bataille pour le récit, qui exige une conscience collective, une organisation numérique, et une volonté politique affirmée. Un appel à concevoir une stratégie unifiée pour les droits numériques, fondée sur la veille, la documentation, et les revendications légales. 


Par Lana Shaheen

Source interviewée dans l'article : Moath Washaha – journaliste indépendant. Amman