À l'ère où le numérique transforme la scène médiatique méditerranéenne, il devient le porte-voix de celles qu’on a réduites au mutisme et l’écho de celles qu’on a censurées au nom des tabous.
Podcasts, data journalisme, journalisme de solutions…ces professionnelles réinventent les codes du métier tout en y inscrivant leurs traumatismes et leurs combats. Loin des lignes rouges silencieuses et des interdits subtils des médias traditionnels, ces femmes trouvent dans les nouvelles plateformes un agora libre et sécurisé. Leurs paroles ne dérangent pas, au contraire. Elles sont accueillies à bras ouverts par des femmes sans défense, des femmes vivant dans un monde où les médias- pourtant outil d’expression majeur- est aussi patriarcal.
Violences physiques et morales, sexisme, féminicides… Autant des sujets longtemps invisibilisés avant l’avènement des réseaux sociaux. Ce sont des figures comme Rokhaya Diallo, Khedidja Zerouali, ou Nesrine Slaoui qui militent pour les droits des femmes, et plus particulièrement celles dont la voix est étouffée. Ces dernières voient leur parole se heurter à deux fronts : un système judiciaire complice de l’oppression masculine, et des femmes portant en elles des idéologies ancestrales.
Effet domino
Parfois, il suffit d’une seule voix pour briser le silence. En s'emparant des réseaux sociaux, certaines journalistes ont ouvert la voie à des milliers de femmes, déclenchant de véritables mouvements de libération de la parole.
En 2018, Mona Eltahawy, journaliste et militante égypto-américaine, témoigne sur Twitter de l'agression sexuelle qu’elle a subie lors du pèlerinage à La Mecque. Son récit déclenche la vague #MosqueMeToo, révélant l'ampleur des abus vécus par les femmes dans des lieux sacrés, longtemps ignorés par la sphère publique.
Dans cette dynamique de reconquête de l’espace médiatique, Rokhaya Diallo, journaliste et réalisatrice française, investit podcasts et réseaux sociaux. Avec "Kiffe Ta Race", co-animé avec Grace Ly, elle crée un espace de dialogue inédit sur les questions de racisme et de sexisme, tout en mobilisant des communautés engagées sur Twitter et Instagram.
La jeune journaliste franco-marocaine Nesrine Slaoui s'inscrit dans ce même élan. Sur Instagram d’abord, puis à travers son livre Illegitimes, elle raconte les discriminations qu'elle a affrontées. Son récit, largement partagé en ligne, encourage de nombreuses jeunes femmes issues de l’immigration à faire entendre, elles aussi, leur voix.
À travers leurs voix, amplifiées par le numérique, ces journalistes rappellent que raconter son histoire, ce n'est pas seulement témoigner : c’est résister, c’est réparer, et parfois même, sauver.
Aya Ait Chaib (Institut Supérieur de l’information et de la Communication de Rabat)
Crédit photo Eléa Ropiot